Les filles de l'école Al Oukhouwa s'entraînent à Jabel Moukaber, dans l'est de Jérusalem, 4 septembre 2008 - Photo de Ilan Mizrahiimprimer l'article
BASKET-BALL
La liberté au rebond
Grâce à la volonté d'une femme et d'une organisation internationale, de jeunes Palestiniennes peuvent pratiquer ce sport et se sentir plus libre dans leurs têtes.Mai Abdo, principale adjointe et professeur à Jabal Mukabar, un quartier palestinien de Jérusalem, avait un rêve pour les adolescentes de son école, mais il déplaisait à certains membres de sa communauté religieuse, très conservatrice. Son projet était simple. Elle voulait mettre en place un programme de basket-ball pour aider les jeunes filles à se maintenir en forme et à prendre confiance en elles. Mai savait qu'elle allait se heurter au courant d'opinion qui prévalait dans son quartier, où une stricte interprétation de l'islam imposait aux adolescentes de se tenir loin des terrains de sport et d'éviter de se mêler aux garçons ou de se montrer à eux dans une tenue jugée indécente.
"Ma première priorité était de briser le cliché qui voulait que les femmes ne pratiquent pas d'activités sportives", explique-t-elle. Mais le projet, qu'elle a lancé au début de l'année, va bien au-delà : il remet en question les convenances traditionnellement liées au rôle des femmes et des filles dans la communauté. Elle a écrit des lettres aux parents des adolescentes intéressées par le programme pour solliciter leur autorisation. L'école a assuré aux parents que leurs filles joueraient dans une équipe exclusivement féminine, porteraient une tenue décente (manches longues et pantalons de jogging) et seraient encadrées par Mai. Rania Abu Shaaban, diplômée en éducation physique de l'université de Jérusalem, a été recrutée pour entraîner les filles. Cette jeune femme dynamique, qui porte un foulard très tendance et des lunettes, estime que les règles de l'islam n'empêchent pas les femmes de pratiquer des sports ou d'autres activités physiques. "Notre religion nous encourage à faire du sport et à être actives dans tous les domaines", affirme-t-elle.
Quand la nouvelle du programme a commencé à circuler dans le quartier, Mai et son directeur ont été vivement critiqués par certains parents, qui trouvaient qu'il n'était pas convenable pour des adolescentes de sauter dans tous les sens sur un terrain de basket. Les dix-huit filles autorisées à s'inscrire, quant à elles, étaient ravies et se sont cotisées pour acheter un ballon. N'ayant pas réussi à trouver des sponsors dans le quartier, Mai, avec l'aide d'un professeur israélien, a contacté PeacePlayers International, une organisation américaine qui utilise le basket pour rapprocher les jeunes des zones de conflit du monde entier. Travaillant en collaboration avec des écoles et des centres socioculturels, elle soutient des équipes mixtes de jeunes juifs et arabes et des séances d'entraînement de basket pour des enfants israéliens et palestiniens.
Une bouffée d'air frais pour ces jeunes Palestiniennes
PeacePlayers a offert des ballons et des maillots à l'équipe. Michael Vaughan-Cherubin, son directeur pour le Moyen-Orient, a fourni une assistance technique, en particulier des conseils pour l'entraînement. Bien que l'école, qui accueille des garçons et des filles, dispose d'excellents terrains de basket à l'extérieur, le principal a proposé que les filles s'entraînent dans une petite cour intérieure dépourvue de paniers et entourée de murs, pour qu'elles soient à l'abri des regards et ne suscitent pas une polémique. Mais l'idée a été rapidement abandonnée, et il a été décidé de pratiquer l'entraînement à l'extérieur "en faisant face à la critique". Pour Mai, le projet est alors devenu "acceptable". La première séance d'entraînement a eu lieu après les cours, à une heure où les gens passaient devant le terrain en rentrant du travail, et des voisins ont protesté en disant qu'il était inadmissible que des filles s'entraînent en public. Pour s'éviter des ennuis, l'école a décidé que l'entraînement se tiendrait pendant les deux premières heures de classe, quand les rues étaient encore vides.
"Peu à peu, les gens se sont faits à l'idée que des filles puissent s'entraîner", explique Mai, qui a même profité des séances pour faire passer des messages d'indépendance et de confiance en soi. "Grâce au basket, les filles ont vu qu'elles pouvaient faire quelque chose de leur vie, qu'elles pouvaient réaliser leur rêves et leurs ambitions. Elles ont acquis de l'assurance et pris conscience de leurs capacités", poursuit-elle. Cette femme célibataire, qui s'est opposée à son père et à ses frères pour vivre seule, a parlé à ses élèves de l'importance de terminer leurs études, de trouver un travail et de se prendre en charge, plutôt que de se marier jeunes et d'être dépendantes de leur mari. Le programme de basket a transformé Islam Zuheika, une adolescente de 14 ans qui était déprimée et repliée sur elle-même depuis la mort de son père et l'installation de sa famille dans une chambre de la maison de son oncle. Aujourd'hui, elle semble en pleine forme. "Avant, quand quelque chose allait mal, on ne disait rien", observe la jeune fille. "Aujourd'hui, on en parle tout de suite. C'est une bouffée d'air frais."










