Extrait du film de Thomas Carter, Coach Carter - DRimprimer l'article
BASKET-BALL
A Hollywood, ils savent sauter
Chaque compétition de basket regorge de belles histoires de champions faisant courageusement face à l'adversité. Un potentiel que le cinéma américain a toujours su exploiter, grâce à une scénarisation standardisée dont voici le décalogue.Dès les débuts du cinéma, les Américains ont compris que le truc, quand on fait un film sur le sport, n'est pas de montrer le jeu dans ce qu'il a d'éphémère mais d'utiliser les réminiscences sociales ou symboliques du sport pour raconter des histoires à message censément éthique ou métaphysique.
Et si le base-ball symbolise l'épopée et l'intangible dans l'imaginaire hollywoodien, le basket-ball véhicule d'autres valeurs, liées à l'éthique et au social. Un tel parti pris thématique s'explique entre autres par l'origine du basket-ball, car, contrairement au base-ball, le basket a un père, une date et un lieu de naissance : le professeur James Naismith, le 17 décembre 1891, au Springfield College (Massachusetts). Ainsi, étant né en milieu universitaire, le basket-ball a rapidement été perçu comme un sport doublement élitiste : non seulement les joueurs les plus grands avaient un avantage évident, mais ceux qui le pratiquaient étaient des étudiants, c'est-à-dire des garçons ayant un minimum de formation intellectuelle.
Les studios hollywoodiens ont produit plus d'une centaine de films où le basket-ball joue un certain rôle, et qui obéissent tous, dans une plus ou moins large mesure, à certains principes aisément vérifiables. Ce qu'on pourrait appeler le décalogue des films de basket :
1) les équipes dont on parle sont, dans leur très grande majorité, scolaires ou universitaires
2) ce sont généralement des équipes modestes ou ayant perdu tout espoir, qui contre toute attente finissent par remonter la pente et vivre leur heure de gloire (Hoosiers, de David Anspaugh, 1986)
3) la pratique du basket-ball est conçue comme un chemin éthico-éducatif qui permet de s'arracher à la misère et à la délinquance (He Got Game, de Spike Lee, 1998) ou à la toxicomanie (The Basketball Diaries, de Scott Kalvert, 1995)
4) l'action aborde généralement des questions de société, qu'il s'agisse de l'intégration raciale (Les Chemins du triomphe, de James Gartner, 2006), de la lutte des classes (A la recherche de Forrester, de Gus Van Sant, 2000) ou des problèmes propres à l'adolescence (Teenwolf, de Rod Daniel, 1985)
5) l'équipe est traitée comme un substitut à la famille ou bien comme une famille parallèle, idée formulée explicitement par tel ou tel personnage à un moment clé du film (Coach Carter, de Thomas Carter, 2004)
6) ce moment clé coïncide en général avec le passage où la solidité de cette équipe ou famille est mise à l'épreuve en raison de la dissidence, imposée ou volontaire, de l'un des membres les plus éminents de ladite équipe
7) la formation en tant que personnes des membres de l'équipe, l'enseignement de l'intégrité ont autant d'importance, sinon plus, que le fait de s'améliorer techniquement en vue de l'excellence sportive (Blue Chips, de William Friedkin, 1994)
8) c'est la raison pour laquelle le personnage central de l'intrigue est généralement l'entraîneur de l'équipe
9) l'entraîneur est un néophyte, un nouveau venu, peut-être arriviste et volontaire, ou bien quelqu'un qui est sorti de l'enfer après une période d'ostracisme
10) ce même entraîneur, dans presque tous les cas, jouera les pater familias pour ce groupe de jeunes en cours de formation, leur apportant toute une série de leçons de vie qu'ils n'oublieront jamais.
Après avoir vu un de ces films éducatifs, on peut se poser cette question : le basket est-il vraiment comme ça ? N'importe quel producteur de Hollywood dissiperait nos doutes aussitôt en répondant à notre question par une autre : depuis quand les films doivent-ils coller à la réalité ? Ce à quoi je répondrais sans doute, assis dans un fauteuil en cuir moelleux : "Nous, simplement, nous aimons le sport."
Juan Trejo,
La Vanguardia










