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FORMULE 1
"Hamilton n'est pas un dieu"
Doyen des pilotes en activité, David Coulthard jette un regard blasé sur l'engouement pour le leader du championnat du monde de F1 et la mentalité de ses concurrents.David Coulthard, dont la carrière en Formule 1 couvre quatorze saisons, a toujours été un pilote atypique. A 36 ans, l'Ecossais est le dernier lien entre Ayrton Senna et Lewis Hamilton sur la grille de départ. Après avoir été poussé dans la Williams de Senna après la mort du Brésilien en 1994, il a passé neuf ans chez McLaren, puis est arrivé chez Red Bull en 2005. Après avoir remporté treize victoires en Grand Prix et amassé une fortune de plusieurs millions de livres, il nous donne aujourd'hui quelques informations révélatrices sur un milieu décidément bizarre.
"Dans la voiture, en venant ici, je n'ai pas arrêté de penser à ces quatorze années. Ç'a été super mais vraiment curieux. Quand je me compare à [Michael] Schumacher, à [Mika] Hakkinen ou à Ron Dennis [le patron de McLaren] et même à Lewis, je me dis : ‘Est-ce moi qui suis anormal ou alors suis-je normal et pas eux ?'" "Je me rappelle avoir demandé à Schumacher pendant une de nos altercations s'il avait jamais pensé qu'il pouvait avoir tort, et il m'a répondu froidement : ‘Pas que je me souvienne.' Et Mika ne faisait confiance à personne, même si nous étions dans la même équipe. Je lui ai dit : ‘Et ta femme ?' Il a secoué la tête : ‘Je ne fais confiance à personne.' Ça m'a semblé inhabituel. J'ai mes contradictions mais j'essaie de rester dans le monde réel."
Cette humeur méditative est due à la publication de son autobiographie [It is what it is, éd. Orion, Londres]. "Lewis m'a dit qu'il allait aussi sortir un livre et a ajouté : ‘Ça va être serré comme délai.' Je lui ai répondu : ‘Hé, Lewis, tu n'as qu'une saison à raconter.' Je lui ai aussi dit que j'étais très surpris que Ron Dennis le laisse faire parce qu'il n'aimait pas que les pilotes fassent des livres quand j'étais là-bas. Lewis a répondu : ‘Ouais, mais il ne me paie pas assez. Il faut bien que je gagne mon argent ailleurs.'" Coulthard sourit. "Quand j'ai commencé en Formule 1, j'étais juste content de piloter. Il m'a fallu des années pour piger que c'est votre salaire qui détermine votre valeur dans ce sport. Lewis en a été conscient dès le premier jour mais ça va être intéressant de voir comment il va gérer les choses. Il est à cet âge où tout semble normal, mais, dans trois ans, ça va faire tilt et il va se dire : 'Zut, je n'avais pas compris à quel point c'était facile cette première saison.' A ce moment-là, il aura un appartement à Monaco et en sera à son cinquième top-modèle, mais tout ça ce sont des distractions. La clé de sa réussite, ça sera sa façon de réagir aux diversions et aux difficultés."
Coulthard est d'aimable compagnie mais sa personnalité de pilote apparaît clairement quand il explique brutalement que, lorsque les médias parlent du génie de Hamilton, ils sont plus proches de l'hystérie que de la réalité. "Son talent est indiscutable mais il [Hamilton] n'est pas plus doué que Schumacher, Hakkinen ou [Fernando] Alonso. Ce n'est pas le rabaisser que de dire ça. Je ne supporte pas qu'on fasse de Lewis, ou de n'importe qui d'ailleurs, un dieu. Nous avons tous nos dons et nos insuffisances et il y a énormément de choses qui dépendent de la voiture. Si Lewis courait pour Red Bull, je suis sûr qu'il courrait très bien mais qu'il ramerait pour ramasser des points."
La bataille qui a fait rage toute la saison chez McLaren entre Hamilton et Alonso rappelle des souvenirs familiers à Coulthard. "Quand je suis arrivé en F1, je faisais équipe avec Damon Hill et il avait du mal à courir avec un débutant. Alors je sais ce que Lewis a vécu quand Alonso est devenu désagréable. Mais j'ai de la sympathie pour Alonso. Quand j'étais chez McLaren, ils favorisaient ouvertement Hakkinen. Une fois, j'étais en pole position et Hakkinen m'a battu à la fin. La jubilation de Ron et des autres a été pénible pour moi. C'était comme si Hakkinen venait de battre leur super-rival et non leur propre pilote. Quand j'ai essayé d'en parler, on aurait dit un gamin qui gémit que ‘c'est pas juste' parce qu'un autre a eu un plus gros morceau de chocolat. Mais on ne peut pas se cacher cette souffrance. Peut-être suis-je trop sensible."
Donald McRae,
The Guardian










